Lors des accidents de transports, il faut prévoir l’imprévisible

ISSN 2369-8748

3 Janvier 2013
Signé par : Wendy Jolliffe

Malgré la planification et les processus, les enquêteurs du BST doivent pouvoir agir sur le coup, ce qui est surtout vrai lors des déploiements sur les lieux d'un accident. Récemment, on m'a envoyée à Prescott (Ontario) où le vraquier Sedna Desgagnés s’est échoué.

Le gouvernail à volet du navire s'est déplacé violemment à bâbord quelques moments à peine avant de passer sous le pont international Prescott-Ogdensburg. Le vraquier de 600 pi s'est d'abord échoué en eaux américaines, pour ensuite revenir en eaux canadiennes. Un violent bruit a retenti, et le gouvernail s'est déplacé librement de bâbord à tribord, puis dans le sens inverse.

Arrivée sur les lieux d'un accident de transports

Je suis arrivée à Prescott avec un plan simple : monter à bord du navire échoué et télécharger les données de l'enregistreur des données de voyage (VDR). Les données du VDR sont inestimables pour nos enquêtes puisqu'elles nous fournissent des renseignements essentiels sur l'accident tels que :

  • le cap et la vitesse du navire;
  • les communications radio;
  • l'imagerie radar et son utilisation;
  • les réglages et l'utilisation de l'équipement de navigation électronique;
  • les conditions climatiques.

Avant mon arrivée, deux autres enquêteurs du BST, soit Luc Charbonneau et Pierre Giroux, se trouvaient déjà à bord, ayant réalisé une bonne partie du travail préliminaire pour l'enquête. J'ai donc présumé qu'il serait tout simple d'accéder au navire et de réaliser notre seul objectif, soit télécharger les données. Ma visite à bord a été tout sauf courte.

Malheureusement, il n'y avait pas de bateau-taxi à notre arrivée. Par conséquent, notre premier défi a été de trouver comment atteindre le navire. Nous avons visité la base de la Garde côtière à Prescott, mais elle était dans l'impossibilité de nous y emmener. Cependant, des techniciens étaient en mesure de nous aider à télécharger des données des systèmes d'information automatiques installés le long de la côte.

Nous avons ensuite demandé l'aide de Seaway Marine Transport, mais leur personnel n'était pas disponible. Enfin, nous avons obtenu un transport auprès du propriétaire de la marina de Prescott, qui ne pouvait toutefois pas assurer le retour après le coucher du soleil. Étant donné que nous pensions que le téléchargement prendrait peu de temps, nous avons choisi cette option. Le propriétaire nous a transportés jusqu'au navire avant de retourner à la marina, en s'attendant à ce qu'on communique avec lui quelques heures plus tard pour venir nous chercher.

Sedna Desgagnés près de Prescott, Ontario
Image du Sedna Desgagnésprès de Prescott, Ontario

Accès à bord du Sedna Desgagnés

Il était midi lorsque nous sommes finalement embarqués à bord du Sedna Desgagnés, et nous nous sommes immédiatement attelés au téléchargement des données du VDR à l'aide de notre ordinateur portable configuré pour cette tâche. Malheureusement, nous avons rencontré une erreur de logiciel qu'il nous a été impossible de régler, et ce, malgré plusieurs heures passées à consulter le fabricant du VDR en Allemagne et nos spécialistes des TI internes.

Nous avons décidé de ramener le VDR au BST pour continuer notre travail. Le représentant du propriétaire à bord préférait que nous laissions le VDR et, à la place, a proposé d'embaucher des techniciens de Montréal, qui pourraient arriver dans les deux heures pour nous aider avec le téléchargement. Nous avons accepté d'attendre.

Les techniciens ont été en mesure de régler le problème logiciel et de procéder au téléchargement. Toutefois, étant donné que le processus a pris plusieurs heures supplémentaires, il était 23 h une fois le tout terminé. Nous avions maintenant comme défi de trouver un moyen de transport pour nous ramener sur la côte.

Il était trop tard pour recourir au propriétaire de la marina, et le remorqueur qui avait amené les techniciens était déjà reparti. Le représentant du propriétaire du navire a appelé Seaway Marine Transport, mais il nous a été impossible de revenir sur la terre ferme avant le lendemain matin.

Nuit à bord du Sedna Desgagnés

Étant donné que ce déploiement était censé être rapide, nous n'avions pas le nécessaire (articles de toilette, vêtements de rechange, etc.) pour passer la nuit. J'ai finalement opté pour un canapé dans une cabine, réussissant tout de même à assez bien dormir. Après une longue nuit, nous sommes revenus sur la côte le lendemain matin sans incident. Cette expérience constitue un bon exemple des obstacles pouvant surgir lors du déploiement à un navire. On a beau planifier d'avance et apporter le matériel qui sera vraisemblablement nécessaire, des obstacles inattendus peuvent toujours survenir. En tant qu'enquêteurs, nous devons souvent trouver des solutions en cours de route.


Image de Wendy Jolliffe

En plus d'un baccalauréat en technologie en sciences nautiques et d'un baccalauréat ès sciences en biologie humaine et en biochimie, la capitaine Jolliffe possède quinze ans d'expérience à titre de spécialiste en sauvetage au sein de la Garde côtière canadienne. En 2008, elle s’est jointe au BST comme enquêteuse maritime principale. Elle est navetteuse cycliste et mère de quatre enfants.

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