Voyage au fond de la mer

ISSN 2369-8748

14 Mai 2014
Signé par : Peter Rowntree

Bien que ce titre soit intrigant pour un article écrit par un enquêteur aéronautique, un accident d’avion est souvent plus complexe qu’il semble à première vue. Lorsque la plupart des gens apprennent qu’un accident d’avion a eu lieu, ils ne pensent qu’à un écrasement sur le sol. Les procédures de recherche, de récupération et d’enquête associées à ces accidents sont généralement très complexes. Cependant, cette complexité pâlit par rapport à celles qu’il faut conduire lorsqu’un avion s’écrase dans l’eau. C’est cette complexité qui rend les recherches dans l’eau d’un aéronef porté disparu aussi intéressantes, frustrantes et gratifiantes.

Ma première participation à des opérations de recherche et de récupération en mer a eu lieu dans le cadre de l’écrasement de l’appareil assurant le vol Swissair 111, près de Peggy’s Cove, Nouvelle-Écosse, en 1998. Depuis cette enquête, je n’ai pas cessé d’être fasciné par l’univers des opérations de recherche et de récupération dans l’eau.

Opérations de recherche

La complexité des opérations de recherche d’un avion porté disparu ou qui a sombré dans l’eau peut varier de relativement simple à totalement invraisemblable. Le problème équivaut parfois à rechercher la proverbiale aiguille dans une botte de foin. Assez fréquemment, nous avons de la chance, car l’aéronef reste partiellement à flot et est facilement repéré par des avions ou des navires. Parfois, un avion sombre dans un secteur relativement bien connu ou délimité, où les recherches sont modérément difficiles. Finalement, dans certains cas, malgré une idée générale de la zone dans laquelle l’aéronef s’est écrasé, son repérage peut se révéler extrêmement difficile. Un tel cas peut devenir le pire des cauchemars. Cependant, après le repérage d’un aéronef, le sens de la réussite est d’autant plus grand que les recherches ont été difficiles.

Lorsque nous lançons les recherches d’un aéronef qui a sombré dans l’eau, le nombre de variables à considérer est élevé. Quelle est la profondeur de l’eau? Quelle est la clarté de l’eau? Quelle est l’étendue de la zone de recherche? À quelle période de l’année l’accident est-il survenu? Quelles sont les conditions météorologiques? De quel équipement et de quelles compétences dispose-t-on et quel sera le coût des opérations? Une chose est certaine : le coût des opérations de recherche et de récupération d’un aéronef submergé est élevé; de plus, ce coût peut croître exponentiellement avec l’étendue de la zone de recherche, la profondeur de l’eau, la durée des opérations et la taille de l’avion.

Opérations de récupération

Lorsque l’aéronef est trouvé, les efforts de récupération peuvent être aussi complexes, et la récupération peut même se révéler impossible. Avant qu’une décision en matière de récupération puisse être prise, l’aéronef doit être étudié et décrit en détail. Les enquêteurs peuvent souvent apprendre beaucoup de choses par un simple examen visuel de l’épave immergée, avant toute perturbation. Bien que cette phase de l’enquête puisse aussi être relativement longue, elle peut fournir des indices cruciaux sur ce qui s’est produit avant la récupération de l’aéronef.

Les enquêteurs ne sont souvent que des coordonnateurs et des observateurs pendant une grande partie des opérations de récupération, et cela constitue un gros défi. Ils se trouvent alors dans une chambre exiguë d’un navire et ne voient l’aéronef qu’en fixant de petits moniteurs qui présentent les images transmises par la caméra d’un plongeur ou d’un véhicule sous-marin téléguidé (VTG). Cela est d’autant plus compliqué que la visibilité est de 10 pieds ou moins, et ce, lorsque nous avons de la chance, du fait de l’état de l’eau et de la faible lumière.

Décision de récupération

Le vrai travail commence lorsque la décision de récupération est prise. Bien que la récupération d’un Cessna 172 qui a sombré dans un lac puisse être difficile, les efforts requis restent raisonnables. D’autre part, la récupération d’un MD-11 à 160 pieds de profondeur, d’un Sikorsky S-92 à 548 pieds ou d’un Airbus A330 à 13 000 pieds est extrêmement difficile et très coûteuse.

La récupération de l’appareil qui effectuait le vol Swissair 111 a exigé 14 mois et a coûté des millions de dollars. Les opérations ont exigé des plongeurs, des barges dotées de grues, un dragueur à pétoncles, des VTG et finalement, une drague suceuse — cependant, nous avons récupéré 98 % de l’aéronef et le BST a pu faire de nombreuses recommandations en vue d’améliorer la sécurité des voyages aériens.

L’hélicoptère Cougar 491 a été récupéré aux seuls moyens d’un VTG et d’un navire adéquatement équipé. Il s’agissait d’une tâche difficile de recherche et de récupération qui a été exécutée en une semaine grâce à une bonne planification, l’équipement approprié et des pilotes de VTG expérimentés. Un hélicoptère de la Garde côtière canadienne, qui s’est écrasé en septembre 2013 dans l’océan Arctique et y a sombré, a été récupéré de la même façon deux semaines après l’accident.

En bref, toute opération sous-marine exige une logistique importante, une planification rigoureuse et de bonnes ressources. De plus, l’opération peut être coûteuse et exiger du temps. D’autant que l’on craint souvent la cause perdue, il n’y a pas de mots pour décrire la satisfaction que l’on ressent lorsque l’aéronef et repéré et récupéré avec succès.


Image de Peter Rowntree

M. Peter Rowntree a 26 ans d’expérience dans le secteur de l’aviation civile. Il s’est joint au bureau régional, Enquêtes aéronautiques à Richmond Hill, Ontario du BST en novembre 1997 comme enquêteur/spécialiste technique. M. Rowntree aime la simulation de vol et a son propre simulateur chez lui. Pendant son temps libre, il contribue à la conception des décors numériques utilisés dans les simulateurs de vol de Microsoft. Il est aussi passionné de plongée en scaphandre autonome.

Date de modification :