Les vrais experts C.S.I. : le laboratoire du BST

ISSN 2369-8748

4 Juin 2014
Signé par : Leo Donati

En tant qu’employé du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), vous êtes constamment assailli de questions par votre famille et vos amis. Une fois que vous avez expliqué le type d’incidents pouvant faire l’objet d’une enquête, la série télévisée C.S.I. : Les experts, ou une autre émission d’enquête sur des scènes de crimes est inévitablement mentionnée. Tout le monde veut savoir comment ces enquêtes se déroulent en réalité.

Puisque le BST ouvrira bientôt les portes de son laboratoire technique (comme il le fait tous les deux ans), cela me semblait le moment idéal de satisfaire la curiosité de tous, en révélant quelques renseignements qui s’apparentent aux émissions comme C.S.I : Les experts.

Bien que le lieu de l’accident soit à l’origine de toutes les questions, c’est au laboratoire du BST que s’effectue le travail scientifique permettant d’y répondre. Y avait-il une erreur dans la position des feux ou dans l’angle du passage à niveau? Quels étaient les renseignements contenus dans la « boîte noire » du vol? Dans quelle partie du navire l’incendie a-t-il commencé? Le système de surveillance électronique du pipeline fonctionnait-il correctement? Qu’il s’agisse d’une défaillance mécanique, électrique, matérielle ou structurelle, le laboratoire technique est l’endroit où se déroule le travail scientifique lié aux enquêtes du BST.

En entrant dans le laboratoire, la plupart des personnes s’attendent à voir des béchers et des becs Bunsen. Or, ce pourrait être tout un étalage de pièces de poste de pilotage brisé qu’ils découvrent. L’épave est un tel amoncellement de débris qu’on peut se demander s’il est possible de trouver des preuves dans tout cela. Et bien, je peux vous assurer que, sous les décombres, on trouve une foule de renseignements. Chaque objet a une mémoire, et une grande partie de notre travail consiste à l’extraire. La mémoire des micropuces peut nous apporter beaucoup d’information sur un incident. Par exemple, en retirant une micropuce de sa carte mère, on peut récupérer les données qu’elle contient.

L’utilisation de la technologie est un aspect essentiel du processus d’enquête. Des radios aux boîtes noires, presque tous les dispositifs examinés sont informatisés. Néanmoins, contrairement à la croyance populaire, les mettre à l’essai est un processus extrêmement long et fastidieux, car tout doit être testé. En fonction des variables en jeu lors d’un accident, il peut être très difficile de déterminer les types d’essais qui doivent être menés, la manière dont ils doivent se dérouler et les conditions dans lesquelles ils doivent être faits. Or, tout enquêteur doit résoudre ces problèmes à un moment ou à un autre, afin que les renseignements obtenus soient les plus exacts possible. En effet, les experts du laboratoire ne travaillent qu’à partir de mesures précises.

Par exemple, nos installations accueillent en ce moment une radiobalise sous-marine de détresse (ULB), c’est-à-dire un équipement présent dans les avions pouvant être détecté sous l’eau grâce à un dispositif acoustique.  Comme la plupart des gens, vous serez peut-être surpris d’apprendre que ce dispositif doit se trouver sous l’eau pour être activé et mis à l’essai, sans quoi il ne peut fonctionner.

Chaque pièce du laboratoire accueille différents types d’équipement pouvant servir lors d’une enquête. Il est difficile de déterminer la machine que nous utilisons le plus, car tous les accidents sont différents et requièrent des formes d’analyse différentes. Lors d’une enquête, il sera peut être nécessaire de mesurer la température des métaux et des composés chimiques afin de déterminer la présence de fissures et de fatigue avant l’incident, tandis qu’une autre pourra demander un examen plus approfondi à l’aide d’un spectromètre infrarouge à transformer de Fourier (FTIR), une machine utilisée pour déterminer les éléments chimiques d’un objet.

En entrant dans le hall d’atelier, semblable à un grand garage, on remarque tous les éléments de preuve qui s’y trouvent entreposés : des pièces provenant d’enquêtes en cours ou terminées, une roue d’une tonne provenant d’un train ayant déraillé, et des hélices d’avions anciens. Il n’est pas rare non plus d’être surpris par de forts bruits lorsqu’une séance d’essai est en cours. Les sujets de discussion abordés par les enquêteurs lors d’une telle séance peuvent être des facteurs comme la vitesse et l’impact, ou bien les méthodes d’enregistrement des données.

L’une des plus petites pièces du laboratoire peut s’apparenter à un musée, tant les objets qu’elle renferme racontent l’évolution de la boîte noire. En effet, une douzaine de boîtes noires différentes y sont exposées, toutes provenant de périodes différentes et des quatre coins du monde. Saviez-vous que la plupart des boîtes noires sont orange? Cette couleur permet entre autres de les retrouver plus facilement sur les lieux d’un accident. Un peu plus loin dans la pièce, un enregistreur à bobines est placé près d’un ordinateur de fine pointe. On aurait tendance à penser que cette vieille machine fait partie de nos antiquités, mais elle est en fait utilisée pour nos enquêtes. Certaines entreprises utilisent encore ce type d’équipement; nous devons donc pouvoir continuer à récupérer l’information dans ces circonstances. 

Enfin, même si les enquêteurs et les techniciens du BST utilisent un grand nombre d’outils et d’équipements différents, nos enquêtes ne peuvent être comparées à celles présentées dans des émissions télévisées comme C.S.I. : Les experts. En effet, je pense que les gens savent qu’une enquête ne se fait pas en une heure. Les enquêteurs de la série télévisée font des choses que nous ne pouvons pas faire : ils déplacent les objets, comme les angles de prise de vue, pour mieux voir ce qui les intéresse, mais surtout, ils inventent des données. Pour nous, cela n’est pas possible : nous ne pouvons utiliser que des preuves qui existent réellement.

Les enquêtes qu’effectue le BST sont différentes de celles présentées dans les émissions télévisées. Notre travail consiste à éviter que des accidents ne se reproduisent.

Visitez le laboratoire!

Si vous vous trouvez dans la région de la capitale nationale, venez voir par vous-même!  Le laboratoire du BST, situé près de l’Aéroport interntaional d’Ottawa, ouvrira ses portes au public et offrira des visites guidées le samedi 7 juin 2014.

D'autres images de notre laboratoire sont disponibles dans l'album de photos Les coulisses du BST.


Image de Leo Donati

Leo Donati est le Directeur des services à l’appui des opérations du BST, et détient plus de 25 années d’expérience dans le domaine des facteurs humains et des enquêtes sur les accidents. Avant de se joindre au BST, il a travaillé en tant qu’Officier des sciences biologiques au sein des Forces canadiennes. Leo est marié et a deux filles. Il aime la marche, s’entraîner dans un centre de conditionnement physique et voyager avec sa conjointe. Il se passionne pour la cuisine, l’histoire de la famille et la technologie.

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