Une journée dans la vie du photographe du BST

ISSN 2369-8748

27 Juin 2014
Signé par : Tony Gasbarro

La plupart de gens pensent qu'être photographe se limite à se promener avec un appareil-photo sophistiqué, puis à prendre, éditer et publier des photos. Croyez-moi, être photographe, c'est beaucoup plus que ça. Sinon, pourquoi dirait-on qu'une image vaut mille mots?

En tant que photographe pour le Bureau de la sécurité des transports (BST), je peux dire qu'une image vaut même beaucoup plus que mille mots. En fait, une photo peut devenir l'élément clé d'une enquête : elle peut aider à déterminer la cause d'un accident, mener à des améliorations de la sécurité de notre réseau de transport, et, par-dessus tout, sauver des vies en évitant de futurs accidents.

J'ai entrepris ma carrière dans le milieu de la sécurité des transports en 1986 auprès du Bureau canadien de la sécurité aérienne (qui a été fusionné avec d'autres organisations en 1990 pour créer le BST). Quand je suis arrivé là, à l'improviste, portfolio en main, la réponse ne s'est pas fait attendre : « tu dois travailler ici ». J'avais été membre des Cadets de l'Aviation royale du Canada et j'étais passionné par l'aviation. La photographie d'avions n'avait donc plus aucun secret pour moi. Je suis très heureux qu'ils m'aient engagé sur-le-champ, car j'hésitais alors entre devenir photographe dans le milieu de l'aviation ou des transports ou encore, aussi étrange que cela puisse paraître, photographe de mode.  Aujourd'hui, quand j'y repense, je suis convaincu d'avoir choisi la bonne voie.

J'accomplis la majorité de mon travail au Laboratoire du BST, à Ottawa. Toutefois, lorsqu'un accident se produit, je dois être prêt à être déployé. On fait appel à moi lorsque l'enquêteur désigné ou les membres de l'équipe d'enquête ont besoin de l'appui d'un professionnel en documentation photo, qu'il s'agisse d'un accident mineur à un passage à niveau ou d'une catastrophe aérienne de grande envergure.  Comme je suis expert en documentation professionnelle de sites d'accident, j'y interviens en tant que chef du groupe de la photographie et de l'enregistrement vidéo.

Documentation de la destruction d’un navire
(M/V Windoc) sur le canal Welland par un pont routier
qui s’est écroulé sur lui alorsqu’il passait en dessous.
Image de Tony faisant la documentation de la destruction d’un navire sur le canal Welland

Les enquêteurs sont habituellement les premiers à se rendre sur les lieux d'un accident, où ils recueillent des bribes d'information sous la surveillance de toutes les parties touchées, y compris les médias nationaux et les membres du milieu. En chemin vers le site de l'accident, j'en profite pour planifier la documentation des lieux dans ma tête. Habituellement, j'ai une idée générale de ce qui m'attend. À mon arrivée, l'enquêteur désigné et les membres de l'équipe n'ont plus à se soucier de la documentation intensive du site. Grâce à mon travail, on obtient le plus tôt possible les images importantes des éléments de preuve périssables sur place. Les preuves périssables sont tous ces éléments qui peuvent être altérés par le temps ou les conditions météo, comme la pluie ou la neige. Sans faire de mauvais jeux de mots, je dirais que dans la plupart des cas, l'objectif principal de la documentation rapide des lieux est la capture de ces preuves. Il pourrait s'agir, par exemple, de la position des commandes ou des manettes dans le poste de pilotage d'un avion de ligne qui s'est écrasé ou d'un carnet de bord calciné et fumant sous la pluie. Il m'est arrivé de devoir travailler sous la menace d'une tempête de neige qui risquait de couvrir tous les débris et l'épave du lieu d'un accident et de devoir tout documenter avant que la neige tombe. Je n'oublie d'ailleurs jamais la loi de Murphy : j'ai toujours un plan B au cas où quelque chose m'empêcherait de prendre les images d'un lieu d'accident de la meilleure qualité possible. Jusqu'à maintenant, j'ai eu de la chance. Je vais toucher du bois!

Mon matériel joue aussi un rôle important dans mon travail. Il me suit partout où je vais au pays; d'un océan à l'autre et jusqu'au pôle Nord, s'il le faut. J'utilise principalement des appareils Canon DSLR pour la documentation photo du site ainsi que pour les petits clips vidéo à haute définition. J'utilise aussi des caméras vidéo Canon HD ENG pour prendre des vidéos de plus grande qualité. J'apporte aussi toujours un grand nombre d'objectifs, comme un objectif ultra-grand-angulaire et un téléobjectif pour documenter les sites d'accident avec professionnalisme.

Il n'est pas rare de prendre jusqu'à 500 photos en une journée pour les enquêtes très importantes. Chaque jour, nous sauvegardons les photos sur un ordinateur portable et des disques durs externes. Elles sont ensuite transmises aux membres de l'équipe d'enquête. C'est à peu près en quoi consiste le travail sur le terrain. L'étape suivante se déroule au Laboratoire du BST, où du travail d'imagerie doit être fait, comme des essais, des expériences, du démontage et des simulations, au besoin.

Le côté émotionnel du travail représente un défi constant, car nous sommes avant tout des humains – nous compatissons avec les victimes et leurs familles et toutes les personnes touchées par l'accident. Toutefois, l'équipe d'enquête du BST est déterminée à améliorer la sécurité et se concentre toujours sur le travail qui doit être accompli. Personnellement, je peux dire que les choses se sont améliorées depuis le début de ma carrière, alors que je n'étais pas habitué à me rendre sur les lieux des accidents, et encore moins aux scènes de catastrophes, aux odeurs qui les accompagnent, ou à la pression qui vient avec une enquête. J'ai appris à ne pas regarder les actualités à la télévision et à ne pas lire les journaux quand je suis déployé, car ce qui s'y dit pourrait influencer ce que j'ai vu ou ce que je m'apprête à voir. Aujourd'hui, grâce à mon expérience, je suis mieux préparé. Je comprends ce que je m'apprête à voir et je m'y attends; je ne suis plus surpris.

Pour conclure sur une note plus joyeuse, je dois dire que ce qui me plaît le plus dans cet emploi que j’occupe depuis 24 ans au BST, c'est la certitude que ce que je fais compte et que j'aide à améliorer les choses. Même si je n'ai pas hâte à ce moment, je sais qu'un jour je devrai tirer ma révérence. Je serai toutefois fier de pouvoir dire que je n'ai pas eu une carrière comme les autres,  et que je ne me suis jamais ennuyé.


Image de Tony Gasbarro

Tony Gasbarro est le Spécialiste principal des services multimédias pour les enquêtes du BST, et possède presque 30 ans d’expérience dans la documentation de sites d’accidents à travers le Canada. Dans ses temps libres, Tony aime s’adonner à l’une de ses passions : la batterie. Il est également un joueur de soccer, et un amateur de voyages (il préfère les destinations chaudes et exotiques, comme celles du Pacifique Sud).

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