Être prêt pour une urgence en mer

ISSN 2369-8748

7 Mai 2015
Signé par : Glenn Budden

Le 12 juin 2014, le petit bateau de pêche Five Star revenait à Kelsey Bay (Colombie-Britannique) après trois jours de pêche au crabe. Le voyage avait été fructueux et, avec la plus belle récolte de l’année chargée sur le pont, le Five Star a quitté les eaux abritées des bras de mer continentaux pour entrer dans le détroit de Johnstone. Toutefois, le courant de jusant montait, et un vent grand frais du nord-ouest soufflait. Alors qu’il approchait de Kelsey Bay, le bateau a rencontré des vagues d’un mètre, et l’amarre qui retenait la récolte s’est brisée. Tout ce qui se trouvait sur le pont a glissé à bâbord du bateau. L’eau a rapidement inondé le pont, et le bateau a chaviré, puis sombré. Avant le chavirement, un appel a été lancé au moyen d’une radio à très haute fréquence (VHF) à un collègue pêcheur qui se trouvait à proximité, mais sans succès. La fonction d’appel sélectif numérique (ASN) n’était pas disponible, et le bateau n’était équipé d’aucun dispositif de transmission automatique de signal de détresse.

Même si les deux membres d’équipage ont abandonné le bateau, seul celui qui portait un gilet de sauvetage a survécu. Il a réussi à atteindre la rive et a appelé le 9-1-1.

Notre rapport d’enquête M14P0121 (Five Star) souligne que le capitaine, que l’on présume s’être noyé, avait récemment participé au programme Safest Catch de FishSafe, et avait utilisé certains des outils et connaissances acquis pour améliorer la préparation aux situations d’urgence à bord du Five Star. Il avait notamment acheté des combinaisons d’immersion et des vêtements de flottaison individuels (VFI), et préparé un manuel des procédures de sécurité. Cependant, aucun exercice d’urgence n’a eu lieu, même si ces exercices sont exigés par les règlements et encouragés par le programme Safest Catch. Le programme comprend une formation sur la façon de mener des exercices d’urgence, mais son succès dépend de l’importance que les pêcheurs prêtent à la sécurité et de la tenue régulière d’exercices d’urgence.

Nonobstant les règlements, les exercices constituent un moyen efficace d’évaluer la préparation aux situations d’urgence, et peuvent sauver des vies. Ils permettent de simuler différentes situations, et offrent aux capitaines et aux membres d’équipage une occasion de cibler les problèmes et d’apprendre comment prendre les mesures nécessaires. Ils permettent aussi, notamment, de comprendre la nécessité d’avoir du matériel de sauvetage (combinaisons d’immersion, VFI et gilets de sauvetage) en bon état et accessible en tout temps et d’apprendre à bien utiliser le matériel électronique, comme la radio VHF, la fonction ASN et la radiobalise de localisation des sinistres (RLS) pour joindre les autorités en cas d’urgence.

Depuis quelques années, les pêcheurs et l’industrie de la pêche se sont nettement améliorés, mais la route est encore longue. De nombreux pêcheurs acceptent encore le risque de ne pas porter de VFI et, depuis 2004 en Colombie-Britannique, 44 % des personnes décédées dans des accidents de pêche ne portaient pas de VFI.

Le transport d’une RLS serait aussi bénéfique pour de nombreux bateaux. Même si elles ne sont pas toujours exigées dans la réglementation, ces radiobalises transmettent automatiquement un signal de détresse lorsque les membres d’équipage ne sont pas en mesure de le faire, et favorisent le déploiement rapide des opérations de recherche et sauvetage. En fait, au Canada, entre février 2010 et juin 2014, on a signalé au BST six autres bateaux de pêche de moins de 12 mètres qui ont chaviré et/ou sombré. Aucun n’était équipé de RLS ou ne pouvait transmettre efficacement un signal de détresse. Dans ces événements, 16 membres d’équipage ont dû abandonner leur bateau; seulement sept ont survécu.

Le manque de préparation aux situations d’urgence a été l’un de plusieurs facteurs qui ont contribué à l’accident du Five Star. L’Enquête sur les questions de sécurité relatives à l’industrie de la pêche au Canada 2012 du BST a ciblé 10 enjeux de sécurité qui causent fréquemment des accidents. Quatre d’entre eux étaient présents dans cet événement :

  • Stabilité :
    • la construction d’origine du bateau comprenait une plateforme arrière prolongée;
    • les limites de stabilité du bateau n’avaient pas été établies;
    • le poids de la partie supérieure du bateau a été augmenté;
    • l’itinéraire a forcé le bateau à naviguer par mer arrière;
    • la stabilité a été affectée, mais pas tenue en compte.
  • Gestion des ressources halieutiques : étant en concurrence pour obtenir leur part des ressources, les pêcheurs peuvent être portés à prendre des risques, comme sortir par mauvais temps ou surcharger leur bateau.
  • Formation : les pêcheurs mettent peu en pratique les compétences, les connaissances et l’expérience acquises.
  • Pratiques de travail sécuritaires : les pêcheurs doivent élaborer des pratiques de travail sécuritaires, comme veiller à ce que leur chargement soit bien attaché.

Il y a des relations complexes et d’interdépendance entre ces enjeux. Le retrait d’un facteur contributif peut peut-être sauver une vie, mais ne fera que réduire le risque d’en perdre plusieurs. Espérons que les pêcheurs tirent des leçons suite aux tragédies comme celle du Five Star, comprennent l’importance de la préparation aux situations d’urgence et encouragent leurs pairs à prendre les mesures qui s’imposent. En attendant, le BST continuera à demander des changements, en enquêtant sur les accidents, en faisant des recommandations et en communiquant ses conclusions, afin qu’un nombre toujours croissant de pêcheurs retournent à la maison sains et saufs.


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Glenn Budden travaille à titre d’enquêteur maritime principal au BST depuis 2008. Avant de se joindre au BST, Glenn était propriétaire et exploitant d'une entreprise de pêche commerciale. En plus d'être titulaire d'un brevet de service de capitaine de pêche, deuxième classe, il compte 35 ans d'expérience dans l'industrie de la pêche à titre d'exploitant, de gestionnaire et de conseiller dans différents secteurs de la pêche et sur différents types de bateaux sur les deux côtes. Puisqu'il lui reste seulement un enfant qui habite toujours à la maison, il a maintenant à nouveau le temps de jouer au golf et au hockey avec sa femme Leslie.

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