Discours

Mot d'ouverture à l'occasion de la publication du rapport d'enquête du
Bureau de la sécurité des transports sur la perte de maîtrise et collision avec un plan d'eau du Beaver de Havilland DHC‑2 C‑GTMC exploité par Seair Seaplanes Ltd. à Lyall Harbour, Île de Saturna (C.‑B.), le 29 novembre 2009

Présenté par :
Wendy Tadros, présidente
Bill Yearwood, enquêteur désigné
le 17 mars 2011
Vancouver, C.-B.

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La version prononcée fait foi


Wendy Tadros

Diapo 3

Merci de votre présence ici aujourd'hui. 

Tout juste après 16 h, lors d'une journée venteuse en novembre 2009, un hydravion de Seair a décollé de l'île Saturna à destination de Vancouver. Quelques minutes plus tard, l'appareil a percuté la surface de l'eau. Le pilote et un passager ont pu évacuer, mais six autres personnes, notamment une mère et son bébé, n'ont pas réussi à le faire.

Pour bon nombre d'habitants de la côte de la Colombie‑Britannique, le transport en hydravion fait partie des déplacements quotidiens, tant pour les gens d'affaires qui voyagent d'une ville à l'autre que pour les travailleurs qui se rendent aux endroits éloignés. Compte tenu des conditions de vol difficiles de la Colombie-Britannique, ce moyen de transport essentiel n'est pas sans danger, et les accidents sont beaucoup trop nombreux.

Diapo 4

La journée de l'accident, le BST n'a pas tardé à lancer une enquête indépendante. C'est notre rôle. Aujourd'hui, nous rendons compte de nos conclusions aux Canadiennes et aux Canadiens. Nous vous décrirons aussi les mesures à prendre pour rendre le transport en hydravion plus sécuritaire.

Je cède maintenant la parole à M. Bill Yearwood, l'enquêteur désigné, qui vous racontera ce qui s'est passé la journée de l'accident et vous décrira les problèmes de survie connexes.

Bill Yearwood

Merci, Madame la présidente.

Diapo 5

L'hydravion Beaver prenait des passagers dans les îles Gulf, et l'île Saturna était la troisième escale la journée de l'accident. Rempli de sept passagers et de bagages, l'avion a décollé de Lyall Harbour vers 16 h en direction de Vancouver. Le vol devait durer 15 minutes.

Le vent soufflait du sud‑est avec de rafales de 32 à 47 kilomètres à l'heure.

Lyall Harbour fait face à l'ouest, et la plupart des avions décollent dans cette direction. Le pilote a tenté de décoller vers l'ouest, mais n'aurait pas réussi à le faire avant d'atteindre les eaux agitées à l'extérieur du port. (Voir les flèches rouges pointant vers l'ouest.)

Diapo 6

Le pilote a ensuite tourné l'appareil vers l'est et a décollé face au vent en direction de l'île. (Voir les flèches rouges pointant vers les flèches bleues.)

L'appareil a décollé rapidement et est monté normalement. Quelques instants plus tard, l'appareil a été pris dans des courants d'air descendants, ce qui a nui à sa capacité de prendre de l'altitude. Le pilote a amorcé un virage à gauche pour quitter le port. (Le vent souffle en arrière de l'hydravion et exerce une force sur ce dernier.)

Le pilote a serré le virage; l'aile gauche a soudainement vu sa portance diminuer et s'est abaissée sous l'effet de ce qu'on appelle un « décrochage aérodynamique ».

Soyons clairs, nous ne parlons pas d'un décrochage du moteur. Nous parlons d'un décrochage aérodynamique de l'aile. Les pilotes suivent une formation leur permettant de reconnaître l'amorce d'un décrochage et de s'en sortir. Beaucoup d'avions sont munis de systèmes visant à prévenir les pilotes d'un décrochage imminent. Le jour de l'évènement, l'avertisseur de décrochage de l'avion accidenté ne fonctionnait pas. De plus, l'altitude était basse, ce qui a fait en sorte que le pilote avait peu de temps pour réagir au décrochage et s'en sortir avant que l'avion ne percute la surface de l'eau.

Diapo 7

Dans cette enquête, nous sommes allés au-delà des causes directes  de l'accident. Nous savons que l'avion s'est écrasé en piqué et que les ailes étaient à l'horizontale. De plus, la flexion et le bris des ailes ont permis d'atténuer les effets de l'impact. Tous les occupants ont survécu à l'impact, mais 6 des 8 personnes à bord se sont noyées. Ils n'ont jamais réussi à évacuer l'avion. Nous avons déjà vu ce genre de situation et c'est pourquoi, dans notre enquête, nous avons accordé une attention particulière au risque de noyade dans des accidents d'hydravion. Nous savons que ce risque est élevé et que le problème comporte deux volets.

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Tout d'abord, des passagers survivent habituellement aux écrasements, mais ils se noient à l'intérieur de l'hydravion, puisqu'ils ne peuvent pas l'évacuer.

Dans cet accident, deux des quatre portes de l'avion sont restées bloquées. Les deux autres ne l'étaient pas. Ceux qui ont réussi à évacuer l'épave étaient assis à côté des portes ouvertes.

(Voir la graphique).

En cas d'urgence, les portes et les fenêtres de cet appareil ne peuvent pas être enlevées rapidement.

Diapo 9

Le deuxième risque est très courant : les passagers réussissent à évacuer un avion qui coule, mais se noient, puisqu'ils n'ont aucun moyen leur permettant de rester à la surface de l'eau jusqu'à l'arrivée des secours. Dans cet accident, aucun des occupants, y compris les survivants, ne portait un vêtement de flottaison individuel. En fait, les survivants ont plutôt utilisé des bouées pare‑chocs qui se sont libérées de l'épave.

Voilà qui termine ma présentation. Je vous cède la parole, Madame la présidente.

Wendy Tadros

Diapo 10

Merci, Bill. Comme pour bon nombre des accidents sur lesquels nous avons fait enquête, il s'agit ici d'une question de survie. Il arrive trop souvent que des occupants survivent à un écrasement, mais se noient par la suite.

Cette situation n'est pas acceptable. D'autres mesures peuvent et doivent être prises  pour augmenter les chances de survivre à un impact  avec l'eau. C'est le sens de nos recommandations. Les passagers d'hydravions doivent pouvoir évacuer rapidement et rester à la surface de l'eau jusqu'à l'arrivée des secours.

Au Canada, entre 1989 et 2010, 76 personnes ont perdu la vie dans 109 accidents d'hydravions commerciaux sur l'eau, dont bon nombre ont eu lieu en Colombie‑Britannique. Au cours des dernières années, cinq personnes sont mortes après avoir réussi à évacuer un avion près de Campbell River et six autres sont décédées, prises à l'intérieur de l'avion à Lyall Harbour. Moins d'un an plus tard, quatre autres personnes ont péri à l'intérieur d'un hydravion à Ahousat. Plus que jamais, ces trois accidents ont ébranlé la confiance du public à l'égard de la sécurité des hydravions. Le gouvernement et l'industrie ont donc accordé une attention particulière à la nécessité de trouver des solutions et de rétablir la confiance du public.

Diapo 11

Dans les 16 mois qui ont suivi l'accident survenu à Lyall Harbour, nous avons constaté que d'importantes mesures ont été prises en vue d'améliorer la sécurité. Transports Canada a amélioré ses documents de sensibilisation à l'intention des passagers, qui sont disponibles en format papier ou sur son site Web.  

Diapo 12

Il est encore plus encourageant de constater que l'industrie a pris certaines initiatives. Plusieurs exploitants d'hydravions ont mis sur pied une association visant à améliorer la sécurité sur la côte ouest. De plus, quelques exploitants ont installé récemment de meilleures poignées de porte et des fenêtres détachables afin de faciliter l'évacuation d'urgence. Je viens d'apprendre que certains exploitants ouvrent la voie en fournissant maintenant un vêtement de flottaison personnel aux passagers et en les obligeant à le porter en tout temps.

Dans une province qui compte un nombre trop élevé de décès attribuables à des accidents d'hydravion, ces initiatives s'avèrent importantes. Cependant, notre enquête démontre clairement que d'autres mesures peuvent et doivent être prises afin d'augmenter les chances de survie après un impact avec l'eau, non seulement ici, en Colombie-Britannique, mais partout au Canada.

Diapo 13

Voilà pourquoi nous demandons à Transports Canada de rendre obligatoire l'installation de portes et de fenêtres qui se détachent facilement. Cette mesure permettrait aux survivants d'évacuer rapidement un avion.

Si les survivants réussissent à évacuer, le risque de noyade est élevé. En cas d'urgence, les occupants ne disposent que de quelques secondes pour s'orienter et sortir de l'avion. Ils n'ont simplement pas le temps de trouver et de mettre l'équipement de sécurité essentiel.

Nous demandons donc que Transports Canada rende obligatoire le port des vêtements de flottaison personnels, de façon à permettre aux survivants de rester à la surface de l'eau jusqu'à l'arrivée des secours.

Nous ne sommes pas les seuls à signaler ce problème. Après quelques accidents en Australie, le gouvernement de ce pays a proposé d'apporter des modifications réglementaires visant à obliger les occupants d'hydravion à porter un vêtement de flottaison personnel en tout temps. Aux États‑Unis, la FAA a aussi reconnu la gravité de cette question, et recommande que les passagers portent un gilet de sauvetage.

Diapo 14

Nos recommandations sont simples – il s'agit de mesures pleines de bons sens. Que ce soit un hydravion qui vole le long de la côte de la Colombie‑Britannique, qui survole la toundra du Nord ou qui se rend à des collectivités éloignées au Québec, tous les passagers doivent avoir la meilleure chance de survivre à un accident. À l'aide de ces recommandations, nous désirons offrir aux occupants d'hydravions toutes les chances d'évacuer rapidement et de rester à la surface de l'eau jusqu'à l'arrivée des secours.

Le 29 novembre 2009, un évènement tragique est survenu en Colombie‑Britannique qui a secoué la confiance du public à l'égard de la sécurité des hydravions. La population canadienne s'attend, à juste titre, à ce que l'industrie et le gouvernement mettent tout en œuvre afin de protéger les passagers, et le Bureau est du même avis. Le BST désire faire du Canada un chef de file en matière de sécurité des hydravions.

Voilà pourquoi le Bureau de la sécurité des transports du Canada émet aujourd'hui deux recommandations. Tout d'abord, nous demandons à Transports Canada de rendre obligatoire l'installation de portes et de fenêtres qui se détachent facilement après un impact. Cette mesure permettrait aux survivants d'évacuer rapidement. Nous demandons aussi la mise en œuvre de règles visant à ce que tous les occupants d'hydravions portent un vêtement de flottaison personnel afin de permettre aux survivants d'accident de rester à la surface de l'eau jusqu'à l'arrivée des secours.