Rapport d'enquête aéronautique A98H0003

2.16  Facteurs influençant la prise de décisions des pilotes lors du déroutement

Lorsque les pilotes ont entamé leur descente vers Halifax à 1 h 15 min 36 s, ils avaient évalué qu'ils avaient affaire à un problème de fumée dans le système de conditionnement d'air qui ne nécessitait pas une descente d'urgence. Compte tenu de la perception des indices limités à leur disposition, ils avaient pris des mesures pour préparer l'avion à une descente rapide, mais non à une descente et à un atterrissage d'urgence.

Les pilotes ne connaissaient pas bien l'aéroport international de Halifax et ils n'avaient pas leurs cartes d'approche à portée de la main. L'approche aux instruments sur faisceau arrière pour la piste 06 n'était pas préprogrammée dans leur système de gestion de vol. Les pilotes savaient qu'il leur faudrait prendre plus de temps pour se familiariser avec l'approche et l'atterrissage, et s'y préparer. L'équipage d'un avion qui les survolait leur a communiqué des renseignements météorologiques, mais ils ne connaissaient pas la longueur des pistes ni leur orientation. La pratique courante veut que l'équipage dispose des renseignements relatifs à la piste et à l'approche aux instruments pour mener à bien l'approche et l'atterrissage, surtout à un aéroport moins connu et de nuit.

En plus de ces situations propres à la gestion du vol, les pilotes savaient que les repas étaient en train d'être servis et qu'il faudrait un certain temps pour préparer la cabine en vue d'un atterrissage en toute sécurité. Compte tenu de la menace minimale que représentait pour eux, selon ce qu'ils savaient de la situation, de la fumée dans le système de conditionnement d'air, et du fait qu'aucune anomalie n'avait été signalée en provenance de la cabine, ils ont probablement jugé qu'il y avait plus de risques pour les passagers et l'équipage de cabine à exécuter une descente et un atterrissage d'urgence si la cabine n'était pas préparée et si l'avion n'était pas positionné en approche stabilisée pour l'atterrissage. On peut donc conclure que les pilotes auraient évalué les risques relatifs différemment s'ils avaient su qu'il y avait un incendie à bord.

Les pilotes savaient aussi que la masse de l'avion dépassait les limites maximales en surcharge à l'atterrissage dans des conditions non urgentes. Cette situation aurait posé des risques à leurs yeux, mais on peut supposer qu'elle ne les aurait pas empêchés de continuer en vue d'exécuter un atterrissage immédiat ni de larguer du carburant durant l'approche s'ils avaient été convaincus que l'avion était gravement menacé. En même temps qu'il déclarait une situation d'urgence, l'équipage de conduite a indiqué qu'il commençait à larguer du carburant, et il y a des indications attestant qu'il l'a fait.

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