Rapport d'enquête aéronautique A98H0003

2.17.3  Circulation de l'air, propagation de l'incendie et emplacements possibles de la source d'inflammation

On a évalué les trajets suivis par l'air avant l'incendie pour déterminer les endroits possibles par lesquels l'odeur et la fumée avaient pu pénétrer dans le poste de pilotage, comme l'avaient remarqué les pilotes, sans qu'elles ne puissent être décelées dans la cabine. On a ensuite évalué chacun des endroits possibles pour déterminer si un incendie ayant pris naissance à cet endroit concordait avec les circonstances connues de l'incendie survenu à bord. Au nombre des facteurs examinés, il y avait la présence d'éventuelles sources d'inflammation et de matières inflammables; la probabilité que l'incendie ait pu se propager depuis cet endroit dans le délai que l'on sait, compte tenu de la quantité de matières inflammables à bord; la probabilité que la propagation de l'incendie depuis cet endroit ait pu entraîner l'enchaînement connu des anomalies des systèmes de bord, et la probabilité qu'un incendie se propageant depuis cet endroit ait pu provoquer les dommages causés par le feu qui ont été observés.

De tous les endroits possibles analysés, un seul, situé à droite près de la découpe dans la partie supérieure de la cloison arrière du poste de pilotage, juste en avant de la référence 383, cadrait avec l'ensemble des circonstances connues de l'incendie. De là, l'odeur et la fumée avaient pu pénétrer dans le poste de pilotage à un endroit précis où l'équipage de conduite avait pu penser que la fumée provenait du système de conditionnement d'air par le diffuseur de plafond droit. Au commencement, la fumée produite dans cette zone ne serait sans doute pas perçue ailleurs dans l'avion. Un incendie aurait pu se propager vers l'arrière depuis la zone située près de la référence 383 et, si l'on se base sur les caractéristiques connues de l'inflammabilité des matériaux et les trajets suivis par l'air décrits ci-après, le feu aurait pu regagner le poste de pilotage avec plus d'intensité après un certain temps. Cet enchaînement d'événements a pu se produire avant que le feu n'envahisse la cabine ou ne compromette les systèmes de bord.

Un incendie qui aurait pris naissance plus loin en avant dans le poste de pilotage sous les matelas isolants recouvrant les cadres, devant les fils et les faisceaux de fils qui traversent l'avion dans le sens de la largeur devant la référence 383, se serait sans doute propagé, dans un premier temps, sur une plus grande superficie du poste de pilotage. Si le feu avait pris naissance encore plus en avant, des défectuosités et des défaillances causées par le feu seraient sans doute survenues plus tôt, et les symptômes connexes auraient vraisemblablement été décelés plus rapidement par les pilotes pendant le déroulement de l'incendie et ils auraient probablement été captés par les enregistreurs. De plus, la fumée aurait sans doute pénétré dans le poste de pilotage par des orifices que les pilotes n'auraient vraisemblablement pas associé au système de conditionnement d'air. Le revêtement du plafond du poste de pilotage se prêtait par ailleurs à une pénétration rapide de l'incendie et à une fusion, dans la mesure où ce revêtement est fait d'une matière plastique thermoformable dont la température de formage est relativement basse.

De même, si le feu avait pris naissance plus à l'intérieur, au-dessous des matelas isolants recouvrant les cadres, près de l'axe de l'avion, il aurait essentiellement été limité aussi bien à gauche qu'à droite par les chemins de câbles installés dans le sens de la longueur. Ces chemins de câbles parallèles pénètrent dans le boîtier du tableau de commutation supérieur par des orifices ovales à l'arrière du boîtier. Les chemins de câbles auraient dû agir comme rideaux coupe-feu canalisant la propagation des flammes dans un couloir longitudinal. Comme on a pu l'observer durant les essais en vol, la fumée doit avoir été aspirée dans les ouvertures du boîtier du tableau supérieur avant de pénétrer dans le poste de pilotage par des passages, comme les fentes des poignées coupe-feu moteur dans le tableau supérieur. Là encore, la fumée qui aurait pénétré dans le poste de pilotage par ces orifices n'aurait sans doute pas été associée au système de conditionnement d'air. La même logique vaut également pour les incendies qui auraient pu prendre naissance à gauche de l'espace inoccupé du poste de pilotage. Ces facteurs excluent toute possibilité que l'incendie ait pu prendre naissance ailleurs dans les zones dissimulées du poste de pilotage.

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