Rapport d'enquête maritime M97M0031

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a enquêté sur cet accident dans le seul but de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.

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Chute par-dessus bord et perte de vie
Bateau de pêche « FISH FINDER »
au large de la pointe Escuminac
(Nouveau-Brunswick)
6 mai 1997

Résumé

En remontant un filet à hareng, un membre d'équipage a été projeté à la mer par un cordage attaché au filet qui l'a heurté dans le dos. Au moment de l'accident, le navire roulait fortement. Les tentatives pour repêcher la victime ont échoué à cause du mouvement du navire et du type de vêtements que portait la victime. Incapable de se retenir au navire, le membre d'équipage est parti à la dérive. On lui a lancé des gilets de sauvetage, une bouée et des flotteurs à filet. Selon les témoignages, les tentatives de secours se sont poursuivies pendant 45 minutes. L'homme, qui semblait incapable de réagir, a par la suite été repêché par un autre bateau de pêche venu à la rescousse. Il a été amené à l'hôpital où l'on a constaté le décès.

This report is also available in English.

Autres renseignements de base

Fiche technique du navire

Nom « FISH FINDER »
Port d'immatriculation Moncton (N.-B.)
Pavillon Canada
Numéro officiel 816844
Type Bateau de pêche typique du détroit de Northumberland
Jauge brute 12,54 tonneaux
Longueur 11 m
Construction 1994, Cap Pele (N.-B.)
Propulsion Un moteur diesel Cummins de 156 kW
Propriétaires Saint-Louis-de-Kent (N.-B.)

Le « FISH FINDER » est un bateau de pêche typique du détroit de Northumberland. La timonerie et le rouf se trouvent à l'avant et un pont arrière dégagé recouvre une cale à poisson. Un treuil et un tambour à filet hydrauliques sont placés juste à l'arrière de la timonerie. Un davier horizontal monté sur un bâti fixé au pont à l'arrière se termine, à chaque extrémité, par des galets-guides verticaux de 23 cm. Les galets-guides verticaux du « FISH FINDER » sont plus courts que ceux dont sont munis d'autres bateaux de pêche semblables, et ils n'ont pas de butoirs à leurs extrémités supérieures.

Le pont arrière est délimité, sur les côtés, par un pavois en bois d'une hauteur de 33 cm. Un tuyau en acier galvanisé de 5 cm de diamètre forme, à bâbord et à tribord, un garde-corps à 75 cm au-dessus du pont, à mi-longueur du pont arrière, qui débute à environ 48 cm de l'arrière. Lorsque le navire est en eau calme et que la cale à poisson est vide, le haut du pavois en bois qui ceinture le pont arrière se trouve à 129,5 cm au-dessus de la flottaison. La vue sur le pont arrière depuis le poste de commande de la timonerie est obstruée par le tambour du treuil.

Le « FISH FINDER » appareille de Point Sapin (N.-B.) à 15 h 30[1] le 6 mai 1997, avec quatre membres d'équipage à bord, à destination des lieux de pêche situés au large de la pointe Escuminac. Les membres de l'équipage, comme c'est l'habitude, portent des bottes en caoutchouc, des pantalons et un blouson imperméables, par-dessus des vêtements chauds.

En arrivant au large de la pointe Escuminac, l'équipage du « FISH FINDER » se prépare à remonter les filets à hareng. La première ancre de filet est rentrée et arrimée. Le cordage du filet est ensuite attaché au filin du treuil, et on commence à haler le filet par-dessus le davier arrière. Le patron, qui se trouve alors dans la timonerie, assure la conduite du navire; un de ses aides fait fonctionner le treuil et un autre se tient à proximité. La victime, après s'être occupée de la manipulation de cordages, se tient près de l'arrière du côté tribord du navire, entre le cordage qui s'enroule sur le treuil et le pavois.

Une grosse lame soulève et secoue le navire. Lorsque l'arrière du navire retombe, le cordage tendu saute par-dessus le galet-guide vertical de 23 cm de tribord pour heurter la victime au milieu du dos, la projetant à la mer. Quand le membre d'équipage refait surface, il réussit à s'agripper au cordage du filet et à se rapprocher, à la force des bras, du flanc tribord du navire. À cause du roulis du navire, ainsi que des vêtements en caoutchouc mouillés qu'il porte et de sa forte carrure, les autres membres de l'équipage n'arrivent pas à le hisser à bord. Le patron se sert du poste bande publique (CB radio) du bord pour envoyer un message Mayday auquel répond le bateau de pêche «FREEBOOTER», qui se trouve dans les parages.

Une lame s'abat sur le navire et fait lâcher prise à la victime qui part à la dérive. On lui lance une bouée de sauvetage, des gilets de sauvetage et des flotteurs à filet, mais l'homme semble incapable de réagir.

Selon les témoignages, les efforts pour le secourir se poursuivent pendant 45 minutes. Il est finalement repêché par le bateau de pêche «FREEBOOTER».

Les deux navires se rendent à Escuminac où les attendent une ambulance, des gendarmes du détachement de Baie-Sainte-Anne (N.-B.) de la Gendarmerie royale du Canada, ainsi que le shérif adjoint et coroner. La victime est transportée à l'hôpital de Miramichi (N.-B.) où l'on constate le décès. Le médecin a déclaré que la cause la plus probable de la mort était l'hypothermie, et le coroner a rempli une Déclaration du coroner à cet effet. Il n'y a pas eu d'autopsie.

Les quatre membres de l'équipage étaient des marins-pêcheurs professionnels d'expérience. Le propriétaire-patron était titulaire d'un brevet de capitaine de pêche, deuxième classe.

Les prévisions maritimes de 11 h 30 pour la région du détroit de Northumberland-Golfe-îles de la Madeleine faisaient état de vents du sud-est de 15 à 25 noeuds. L'analyse de la surface et des conditions météorologiques du Centre météorologique et océanographique des Forces canadiennes (METOC) pour la région de la pointe Escuminac indiquait une bonne visibilité avec une température de l'air de 8 à 9 C. La station météorologique automatique de la pointe Escuminac a enregisté des vents du sud-est de 20 à 25 noeuds avec rafales à 30 noeuds. La température de la mer au large de la pointe Escuminac avoisinait les 2 C, et la hauteur des lames était de 1 à 2 mètres.

Le navire, jaugeant moins de 15 tonneaux de jauge brute, n'était pas assujetti à des inspections de Transports Canada, Sécurité maritime. Le navire n'avait pas d'échelle de coque à bord et il n'était d'ailleurs pas tenu d'en avoir.

Analyse

Pendant le relevage, le cordage attaché au filet, qui s'enroulait sur le tambour, était tendu. Lorsqu'une grosse lame a soulevé et fait rouler le navire, le cordage a sauté par-dessus le galet-guide vertical. Comme il n'y avait pas de butoir à l'extrémité supérieure du galet-guide de 23 cm, le cordage est passé par-dessus le guide de tribord pour heurter la victime dans le dos, juste au-dessus de la taille. Le matelot a été projeté par-dessus le garde-corps, et est tombé à l'eau.

Les vêtements que portait la victime ne lui assuraient aucune protection thermique et ne l'aidaient pas à flotter. L'homme mesurait 183 cm et pesait 118 kg. Ses vêtements imperméables ainsi que sa forte carrure, combinés au mouvement du navire, ont empêché les autres membres de l'équipage de l'agripper fermement pour le hisser à bord. Comme il ne portait pas de vêtement de flottaison individuel (VFI), le matelot a dû dépenser beaucoup d'énergie pour se maintenir à la surface après avoir lâché prise.

La coque lisse ne permettait pas à la victime de s'aider avec ses jambes pour se hisser hors de l'eau. Un dispositif portable simple fournissant un appui-pied aurait grandement facilité le sauvetage.

Il existe sur le marché plusieurs produits de marque conçus pour aider à repêcher des personnes à la mer. On retrouve notamment des VFI gonflables comportant un harnais intégré, de même qu'une échelle de coque combinée avec un arceau de sauvetage.

Il existe aussi sur le marché plusieurs types de vêtements de travail capables de protéger des effets de l'immersion dans l'eau glacée tout en permettant de flotter. Auparavant, les marins-pêcheurs étaient réticents à porter ce type de vêtement qui, selon eux, gênait leurs mouvements et était incommodant pour travailler. Cependant, la conception et la fabrication de ces vêtements ont été améliorées, et ils semblent être de mieux en mieux acceptés dans l'industrie de la pêche.

Il est généralement admis qu'une personne portant un gilet de sauvetage ordinaire et des vêtements légers qui se tient immobile dans de l'eau à 2 ou 3 C, sera en mesure de s'aider pendant une quinzaine de minutes. Passé ce laps de temps, la personne s'affaiblit et n'est plus capable de réagir. Le temps de survie prévu dans de l'eau à 2 ou 3 C est d'un peu plus d'une heure. La victime succombe ensuite à l'hypothermie.

Faits Établis

  1. Un cordage attaché au filet qu'on était en train de remonter a heurté la victime dans le dos et l'a projetée à la mer.
  2. Comme il n'y avait pas de butoirs aux extrémités supérieures des galets-guides verticaux, le cordage a sauté par-dessus le guide de tribord pour heurter la victime.
  3. La victime ne portait pas de VFI.
  4. Les vêtements imperméables que portait la victime ne la protégeaient pas des effets de l'hypothermie et ne lui permettaient pas de flotter.
  5. La forte carrure de la victime et le mouvement du navire ont empêché les autres membres de l'équipage d'agripper fermement leur camarade et de lui porter secours.
  6. La victime n'a pas pu s'aider de ses jambes pour se hisser hors de l'eau et monter à bord.

Causes et facteurs contributifs

La chute mortelle par-dessus bord du membre de l'équipage du « FISH FINDER » a été attribuée au fait que la victime a été heurtée par le cordage attaché au filet et projetée à l'eau. La mort de la victime est probablement attribuable aux effets de l'hypothermie causée par l'immersion dans l'eau glacée.

Les efforts des autres membres de l'équipage pour repêcher la victime ont été compliqués par le mouvement du navire, le type de vêtements que portait la victime et l'absence de moyens efficaces pour faciliter le sauvetage.

Mesures de sécurité

À la suite de cet accident, le propriétaire a installé des guides verticaux additionnels aux deux extrémités du cordage attaché au filet pour l'empêcher de sauter par-dessus les galets-guides et de heurter un membre d'équipage. Le navire a été équipé d'une échelle portable en cas d'urgence. Pour haler le filet, les membres de l'équipage de pont portent dorénavant des combinaisons de travail permettant de flotter.

Le présent rapport met fin à l'enquête du Bureau de la sécurité des transports sur cet accident. La publication de ce rapport a été autorisée le 7 juillet 1998 par le Bureau qui est composé du Président Benoît Bouchard et des membres Maurice Harquail, Charles Simpson et W.A. Tadros.

Annexe A    Survie en eau froide

   Survie en eau froide


[1]  Les heures sont exprimées en HAA (temps universel coordonné (UTC) moins trois heures), sauf indication contraire.